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Bonne Gravitation!

Ultime mise à jour : 9 août 2006

Pierre Bastin-RobertCe 9 août 2006 Pierre a déposé définitivement sa plume après un long combat trading forex contre la maladie. Désormais, là où il gravite, il pourra voir ce qu'il a décrit durant toutes ces années.

Si vous ne connaissiez pas bien Pierre, retrouvez son "Ego Sum" ou laissez lui "un dernier message".

Au revoir Pierre, ce fût un réel plaisir de t'avoir connu.

Pascal (ton hébergeur)

 

Ce texte est écrit par la femme de Pierre, ceci explique en quelques mots comment fût la vie de Pierre vu de l'intérieur du cocon familial.

 

Quelques flashs de mon « général »,

Pierre était l’aîné d’une famille de quatre enfants dont les parents venaient d’Ardenne.
Son premier souvenir remonte à la guerre 40-45, ils sont à Tilff. Pierre se souvient des V2, abrité en dessous de la table de la cuisine-cave.

Ses primaires il les passe à Tilff, où déjà ses parents le conscientisent au travail. Il y a la chèvre à déplacer, les lapins à nourrir entre les allées et venues sur le chemin de l’école. Le papa travaille dans le secteur industriel liégeois, la maman s’occupe de sa famille. Pas beaucoup d’argent dans la famille mais de très grandes qualités de cœur et une très grande conscience du travail BIEN FAIT que Pierre cultivera tout au long de sa vie.

Ses années de collège à Saint-Barthélémy, Pierre y est studieux mais déjà discret et solitaire. Pour occuper son temps, il apprendra seul à jouer du piano, de l’orgue ; soutenu par un professeur l’ayant entendu par hasard, Pierre développera ses capacités musicales.


En poésie à l’époque, suite à un accident de travail du papa, Pierre arrête ses études afin de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Et ce jeune homme sans diplôme travaille d’abord comme secrétaire d’avocat. Puis, suite à une fusion de cabinets, Pierre perd son emploi et fait sa demande pour entrer au journal La Wallonie pour finalement y être reconnu comme journaliste professionnel après une bonne dizaine d’années de travail, alors que les petits jeunes ayant leur diplôme sont reconnus d’office. Pas facile pour ma petite tête de bois.

Et c’est sur ce chemin que j’ai rencontré mon ardennais…

Il y a 31 ans, dans un tripot liégeois, j’ai rencontré un homme ayant l’intelligence du cœur. Je sortais d’un échec d’un premier mariage et les hommes je m’en méfiais. Il a pu à force de patience, de grande sagesse, apprivoiser ma peur mais lui bouillonnait sur cet autre qui m’avait blessée.

Et 6 mois plus tard nous nous installons ensemble avec suffisamment d’espace pour avoir chacun notre chambre. En gros, OK, je te fais la lessive et le repassage et toi tu m’ouvres à la vie culturelle liégeoise. Eh oui, il en sait cet homme, il est journaliste ce gros nounours. Et l’homme bon me fait un cadeau de roi : il m’offre une année d’étude, ce pour quoi j’étais venue à Liège 7 ans plus tôt de ma petite ville de l’autre côté de notre pays.

Et si Pierre me trimbale à gauche et à droite, m’ouvre comme une fleur au lever du jour, je rencontre sa tête de bois. L’homme discret. En fait, très, très investi professionnellement. Chez lui, c’est chez lui, je peux voir qui je veux, mais « dehors ». Pierre a besoin de sa bulle, de son jardin secret.

Ses moments de détente (attention, il en a à peine, puisqu’il travaille comme journaliste 18 heures sur 24 ou presque) sont la musique classique avec du violoncelle de préférence, des chanteurs engagés, Glenmor, Léo Ferré ; la photographie, l’appareil souvent au cou, il traque l’insolite de la vie, les beautés de la nature, combien de fois ne nous a-t-il pas fait retourner sur Tilff, ses bois, ses ballades au bord de l’Ourthe, les petits coins de son enfance.

Mais… oh… je vais trop vite…

Au bout de quelques années de vie commune, et oui, nous agrandirions bien notre petit couple, un rêve, un enfant. Mais on a beau faire tout ce qu’il faut, il ne vient pas ce petit bout.

Alors la vie culturelle continue, et entre autres nous retournons à Paris, SA ville lumière, que nous parcourons non pas en métro mais à pied le plus souvent.

Toujours pas ce petit bout, tant pis. Nous faisons les démarches d’adoption. Pas besoin d’un bébé, nous ne sommes plus très jeunes tous les deux, et il y a suffisamment d’enfants en institutions en Belgique. Pour pouvoir adopter il y a de cela un quart de siècle, il nous fallait un certificat d’infertilité. Je me rends donc chez mon gynéco et il me dit qu’il ne peut pas me le donner. Je rage « pourquoi docteur ? » « vous êtes enceinte Madame. » « arrêtez de me taquiner » « je ne dis que ce qui est là Madame ». Je retourne à la maison, je n’y crois pas et quand je l’annonce à Pierre, et bien… lui non plus. Mais voilà, mon ventre s’arrondit et « la petite grenouille » réagit aux caresses de son papa. Et quelques mois plus tard, une fille, le désir de Pierre, son cadeau de Roi pour ses 40 ans.

Mais ce petit bout a quelques très gros ennuis de santé, très, très peu d’immunité, c’est grave. La vie est là avec la mort qui peut surgir à chaque instant. Nous choisissons pour elle de la faire vivre le plus normalement possible, donc pas de chambre stérile mais la trouille au ventre, chaque maladie enfantine ou autre provoque le plus souvent l’hospitalisation, et parfois même les soins intensifs.

C’est notre première grosse épreuve. Mais aujourd’hui elle est là, pétante de vie.

Depuis la naissance de SA fille, Pierre rayonne, il s’investit de plus en plus dans son travail professionnel. Ses « 24 heures de leur vie » foisonnent. Son approche du milieu scientifique, qu’il soit médical ou astronomique, pour le rendre accessible aux lecteurs est au centre de ses préoccupations. Pierre est très consciencieux, très précis, mais veut donner l’ouverture scientifique à TOUS. Je sais qu’il a un tantinet soit peu bouleversé les mentalités à la Wallonie, son journal.

Pierre a son petit côté artiste, amoureux du beau de la vie, de la photographie. Il fait un cadeau à son journal : une page sur la photographie faite en dehors de ses heures de travail. Différents articles lui vaudront les prix de la presse écrite de la communauté française, ainsi qu’un autre un prix venant de France. Pierre rayonne, sa seule ombre au tableau, c’est que ses parents n’ont pu être là pour partager sa joie.

Au journal, les technologies changent, l’informatique prend la place de la topographie et Pierre à nouveau s’investit à fond à tel point que le dimanche Pierre fait un saut au journal pour que le lundi ses collègues et lui puissent utiliser leurs ordinateurs avec le moins de pépins possible.

Mais voilà que cet homme qui s’est tant investi professionnellement doit faire face à une nouvelle épreuve. Le journal ferme ses portes, Pierre est licencié à 52 ans. Pierre s’effondre, lui qui vient d’avoir des prix nationaux et internationaux se sent nié, amputé d’une de ses raisons de vivre (il lui reste SA fille, heureusement d’ailleurs). ET voilà que la dépression s’installe. Il refuse toute aide médicale (« je ne suis pas fou ! ») et je tente vaille que vaille de le soutenir dans ce nouveau coup du sort. Il ne veut pas s’investir en tant que bénévole « travailler gratuitement alors qu’ils m’ont foutu dehors ». Heureusement, l’astronomie, la revue « le Ciel » lui maintiennent un peu la tête hors de l’eau, ainsi que l’informatique. Pierre se fait un site sur internent, découvre de nouvelles personnes avec qui se crée de véritables liens d’amitié, je pense plus particulièrement à Louise et à Pascal. Avec eux, Pierre renaît, parle de sa vie, ses plaisirs. Mon amoureux du beau crée quelques sites pour quelques artistes, je pense plus particulièrement à Brigitte, Roger, Anne-Marie ainsi que pour d’autres connaissances, non artistes.

Et il y a un peu plus de 18 mois, une nouvelle épreuve surgit…

Quelques urgences à l’hôpital révèlent un problème cardiaque. Pierre se fait opérer, l’opération rate. De nouveaux examens sont prescrits par le cardiologue et… le ciel s’écroule… Pierre a un cancer des poumons.

Et voilà que l’homme qui s’est tant investi professionnellement puis s’est écroulé, se réinvestit dans une lutte acharnée. Il se bat non pas comme un soldat, mais comme un général. De chimio en chimio, en radiothérapie, pas de halte. Le cancer est virulent et Pierre qui déteste l’hôpital y va, y reva. Un petit rayon de soleil s’installe, Pierre peut être suivi en hôpital de jour donc chaque soir retourner à la maison. Et puis après 16 mois de lutte acharnée, l’hôpital ne peut plus rien pour lui.

Mais nous avons de la chance, j’ai une formation en soins palliatifs. Pierre ne va plus à l’hôpital, il est de retour à la maison. Et ici, comme à l’hôpital, la parole circule, Pierre parle facilement de sa maladie avec tous ceux qui l’accompagnent. Un merci tout particulier à Marie-Anne, Michèle et Christian, ses proches de cœur et bien sûr à l’oncologue et à notre médecin de famille qui fut bien surprise de la rapidité de sa fin de vie.

Ce dimanche, 10h du matin, Pierre est en détresse respiratoire, il me demande le 100, donc…l’hôpital. Je m’étonne, il me le confirme. Et là-bas, à nouveau la parole circule entre l’urgentiste, l’oncologue et nous. L’urgentiste nous dit la fin qui est proche et nous laisse le choix du retour à la maison ou de la chambre pour nous deux. Nous prenons la chambre. Quelle chance, un endroit pareil rien que pour nous deux. A 13h30, Pierre me dit qu’il ne lui reste plus que pour maximum 5-6 jours et me formule ses derniers souhaits dont à mon plus grand étonnement cette messe. Mais pour moi, croyante, c’est un cadeau. Un de ses derniers.

A 14h, Pierre s’endort et dans la chambre où dort mon général circule une grande paix, une grande sérénité où quelques infirmières viennent s’apaiser entre leur différents patients. Ce mardi matin à 7h, Pierre s’est endormi définitivement pour être aujourd’hui entouré par nous tous, un de ses derniers souhaits et je vous en remercie.

Claire

 


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